Si je vous demande : "voulez-vous 100 euros aujourd'hui ou 100 euros dans un an ?", la plupart des gens voudraient l'argent tout de suite simplement parce qu'on peut déposer cet argent sans risque dans un compte en banque et récupérer disons 105 euros un an après. Une autre façon de voir cela est que mon offre de 100 euros dans un an est à peu près équivalente à une offre de 95 euros aujourd'hui. Cette manière de brader le futur est traduite par la notion de "discounted cash flow" ("argent réduit").
Nous pouvons néanmoins concevoir un système monétaire qui fait l'inverse ; c'est-à-dire qui crée une pensée long-terme via ce qu'on pourrait appeler une "dévaluation monétaire". Cette dévaluation monétaire est un concept développé par Silvio Gesell il y a un siècle. Son idée était que l'argent est un bien public –comme le télephone ou les transports en commun– et que nous devions faire payer un faible prix pour son utilisation. En d'autres termes il s'agit de créer un taux d'intérêt négatif plutôt que positif.
Qu'est-ce que cela ferait ? Si je vous donnais un billet de 100 euros et que je vous disais que d'ici un mois vous deviez payer 1 euro pour que cet argent reste valide, que feriez-vous ? vous feriez circuler l'argent afin d'éviter de voir sa valeur diminuer suivant l'expression que
"l'argent est comme l'engrais, il n'est utile que là où il est répandu". Dans le système de Gesell, les gens n'utiliseraient l'argent que comme moyen d'échange, mais pas pour stocker de la valeur. Cela créerait du travail, en encourageant la circulation, et renverserait cette motivation pour le court-terme et donnerait plus de chances à ces entreprises qui ne sont plus financées à cause de la crise, plus de gens retrouveraient l'accès aux crédits = plus de liberté de diriger les activités économiques qu'ils veulent gérer et par conséquent il y aura plus de démocratie dans notre vie économique.
L'analyse par Gesell du rôle déstabilisateur de l’argent était largement prémonitoire.
« L’avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de la pensée de Marx », estimait Keynes en 1936, dans la Théorie générale. Aujourd'hui le moment est venu de comprendre pourquoi Keynes a écrit cette phrase.
Avec mes amitiés à tous et toutes
Alain Hemelinckx
Bonjour Louis
merci pour votre réaction. Je comprends votre amertume par rapport aux risques inconsidérés qui ont été pris par les banques. Permettez moi néanmoins de revenir sur certains éléments de votre commentaire
- "quand on investit il est normal de recevoir une compensation de ses risques".. je répondrais , ou pas. qui dit investissement (et donc j'entends placement en actions) dit risques que l'actionnaire doit accepter.
- "Mais peut-être devrait-on "punir", ceux qui ont manqué de "sens moral, social, économique, financier"
est ce que punir va nous permettre de changer les choses ? cela va surtout permettre à certains (qui ne veulent ou qui pensent qu'ils ne peuvent pas changer le modèle) d'orienter la vindicte populaire sur des hommes alors que c'est le système qui est vicié en invitant les entreprises à la course au profit. Punissons ceux qui ont failli mais surtout ne nous laissons pas leurrer par l'idée que des CEO soient la cause de la crise. Un CEO a des objectifs de vente comme le premier des employés. Et ces objectifs lui disent de faire des revenus, en moyenne +15% chaque année. Alors il fait ce qu'on lui demande, ce que l'actionnaire lui demande...
Donc comprenons nous bien. Je ne dédouane pas les banques ni les banquiers. Je dis simplement qu'aujourd'hui le modèle opérationnel des banquiers n'a pas évolué. Et les banquiers ne sont pas seuls en cause... les épargnants (en général) doivent aussi apprendre à gérer leurs incohérences.
Pour en revenir aux solutions. Le système de Gesell peut et doit être bien entendu adapté aux réalités. Ainsi, on peut très bien imaginer que l'épargne détenue par les clients jusqu'à xxxxxx euros bénéficie d'un intérêt créditeur. Au delà, l'intérêt devient nul.. et en troisième palier, l'intérêt devient négatif. Cette adaptation permettrait de n'impacter que les "grosses" fortunes. Bien entendu, il faut définir ce qu'est une "grosse" fortune et là nous avons tous des efforts de cohérence à faire.
Bien à vous
Alain Hemelinckx
Rédigé par : Alain | 17 novembre 2009 à 18:29
Par l'action de l'inflation, c'est pratiquement un intérêt négatif que l'on obtient pour son argent. Ceci est le cas de tous ceux qui épargnent via les systèmes d'épargne "garantis", donc une majorité de petits épargnants. Ceux-ci se privent pour avoir quelque chose pour plus tard. Evidemment, cela permet aussi de faire face au coup dur !! Et de pouvoir être généreux pour ceux que l'on aiment !!
Si on a beaucoup d'argent, on peut prendre des risques et des actions, "de bon père de famille", "sauf quand l'état prend des libertés avec les avoirs de tous les actionnaires", de temps en temps, le système des participations fonctionnent bien, surtout, si les gens sont "honnêtes". Ce qui n'est pas le cas de tous, car on imagine toujours des systèmes de plus en plus complexes qui cachent la valeur correcte des choses. Et là, interviennent ceux qui n'ont "ni foi ni loi", au détriment de tous.
Quand on investit, il est normal de recevoir une compensation de ses risques.
L'élément qui devrait être régulateur du mouvement de l'argent, c'est la banque, car c'est son rôle, sa définition. Malheureusement, il y a les hommes, avec un petit "h". Et la confiance est rompue, d'où la crise.
En conclusion, tout le monde perd, les petits épargnants par le biais de l'épargne dont le taux reste en principe sous l'inflation !! et les plus riches par le biais du risque. Alors qui gagne ?
Ceux qui ont profité sans délai des risques pris et du profit à court terme, en général très volatil. Mais peut-être devrait-on "punir", ceux qui ont manqué de "sens moral, social, économique, financier" ! vous avez le choix !
Rédigé par : Louish | 17 novembre 2009 à 17:28
Bonjour Yves,
Merci pour ton commentaire.
Aujourd'hui, 98% de la masse monétaire ne participe pas à l'économie réelle. Donc de toute la monnaie en circulation et consacrée à l'économie réelle.. ne subsistent que 2% de la masse monétaire.
L'enjeu est de réinjecter l'argent dans le circuit économique, afin de construire le monde de demain en investissant dans les greentech, en développant des infrastructures et des métiers pour demain quand nous ne serons plus là.
Bien à toi
Alain
Rédigé par : Alain | 21 juillet 2009 à 09:39
Cela a l'air séduisant, mais un tel système d'intérêt négatif n'encouragerait-il pas la consommation à outrance, la fièvre acheteuse, la frénésie du 'tout tout de suite" au détriment du moyen et du long terme ? Loin de "brader le futur", il me semble que l'intérêt positif favorise au contraire les projets d'avenir comme acheter une maison, épargner pour ses enfants, assurer un bas de laine pour ses vieux jours, remettre à plus tard l'achat d'un bien solide et durable plutôt qu'acheter tout de suite de la camelote très peu écologique. ... Comment penser aux générations futures si chacun se sent obligé de dépenser sans délai ce qu'il gagne ? Si je n'ai rien compris, merci de m'éclairer.
(Yves RASIR - Bruxelles)
Rédigé par : RASIR Yves | 20 juillet 2009 à 14:51